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| Charles VII | |
Portrait de Charles VII, par Jean Fouquet, vers 1445 ou 1450, musée du Louvre, inv.9106 |
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| Titre | |
|---|---|
| Roi de France | |
| 21 octobre 1422 – 22 juillet 1461 (38 ans, 9 mois et 1 jour) |
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| Couronnement | 17 juillet 1429 en la cathédrale de Reims |
| Prédécesseur | Charles VI |
| Successeur | Louis XI |
| Duc titulaire de Luxembourg | |
| 1459 – 22 juillet 1461 | |
| Prédécesseur | Anne de Luxembourg |
| Successeur | Louis XI |
| Biographie | |
| Dynastie | Valois |
| Date de naissance | 22 février 1403 |
| Lieu de naissance | Paris, |
| Date de décès | 22 juillet 1461 (à 58 ans) |
| Lieu de décès | Mehun-sur-Yèvre, |
| Père | Charles VI |
| Mère | Isabeau de Bavière |
| Conjoint | Marie d'Anjou |
| Héritier | Louis de France |
| Résidence | Bourges |
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| Rois de France | |
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Charles VII[1], dit « Charles le Victorieux » ou encore « Charles le Bien Servi », né en l'hôtel Saint-Pol à Paris le 22 février 1403 et mort au château de Mehun-sur-Yèvre, résidence royale située à Mehun-sur-Yèvre, entre Bourges et Vierzon, le 22 juillet 1461, fut roi de France de 1422 à 1461. Il est le cinquième roi de la branche dite de Valois de la dynastie capétienne.
Charles VII est le fils de Charles VI et d'Isabeau de Bavière[2].
Roi indissociable de l'épopée de Jeanne d'Arc, il réussit à renverser une situation compromise :
Contesté, Charles VII est devenu roi en 1422 en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, compliquée d'une intervention militaire anglaise victorieuse depuis la bataille d'Azincourt (1415). Chef de fait du parti Armagnac, il est déshérité par son père au traité de Troyes (1420) au profit du roi Henri V d'Angleterre puis du fils de ce dernier, Henri VI. Replié au sud de la Loire, le « roi de Bourges », comme on le surnomme par dérision, voit sa légitimité et sa situation militaire s'arranger nettement grâce à l'intervention de Jeanne d'Arc. Celle-ci délivre Orléans et conduit Charles VII à la cérémonie du sacre à Reims.
Souvent critiqué par la postérité pour avoir ralenti la reconquête de la France commencée par Jeanne d'Arc et pour l'avoir abandonnée à son sort après la victoire, Charles la fait néanmoins réhabiliter solennellement en 1456 et laver de toute accusation d'hérésie. Achevant de chasser les Anglais du royaume, il s'emploie également à rétablir l'économie grâce à Jacques Cœur, le gallicanisme et l'autorité royale.
Charles est le onzième et avant-dernier enfant de Charles VI et d'Isabeau de Bavière. Il est le troisième à porter le prénom de Charles (les deux Charles précédents étant morts, l'un au berceau, l'autre à l'âge de neuf ans). Il reçoit le titre de comte de Ponthieu et, en tant que cadet de famille, ne présente aucune perspective de succéder à ses deux frères aînés, Louis et Jean, comme dauphin de France : son seul destin est de recevoir un apanage dont il rendrait hommage au roi de France. Il est élevé à Paris, dans l'hôtel Saint-Pol, alors résidence royale. Ses fiançailles avec Marie d'Anjou sont décidées. Elles sont célébrées au Louvre en décembre 1413 : les enfants, n'ont respectivement que dix et neuf ans.
La mère de Marie, Yolande d'Aragon, duchesse consort d'Anjou, ne souhaitait pas, depuis la sanglante Révolte des Cabochiens survenue au printemps 1413 à Paris, laisser les jeunes fiancés dans la capitale, les hôtes royaux de l'hôtel Saint-Pol étant notamment menacés par les Bourguignons. Elle réussit à emmener sa fille et son futur gendre en Anjou le 5 février 1414. Puis, au début de l'année 1415, sa belle-famille emmène Charles en Provence au château de Tarascon. Il revient en Anjou à la fin de l'année. Aussi, le prince peut-il passer, avec sa fiancée, quelques heureuses et paisibles années, jusqu'en 1417. Pendant son séjour, le dauphin Charles est instruit par les meilleurs maîtres et il leur doit d'être le prince le plus cultivé de son époque, comme son grand-père, Charles V[3].
Ses frères aînés sont morts prématurément à l'âge de 19 ans, les dauphins Louis, duc de Guyenne en 1415 et Jean, duc de Touraine en 1417. Charles, comte de Ponthieu, dernier héritier vivant de la couronne de France, devient dauphin de France, sous la dénomination traditionnelle de dauphin de Viennois, à l'âge de 14 ans, à partir du 5 avril 1417[4]. À l'initiative de Yolande d'Aragon, il était rentré à Paris au début de l'année 1417 en compagnie de son mentor, Jean Louvet, président de Provence, pour assister au Conseil de Régence. À l'hôtel Saint-Pol, il est placé sous la tutelle de son père, Charles VI, dont l'état de démence s'est aggravé. Sa mère, Isabeau de Bavière, prétend assumer seule la direction de la régence, sous l'influence du duc de Bourgogne, Jean sans Peur. Pour s'en débarrasser, son fils l'envoie sous bonne garde à Tours, en résidence surveillée par les Armagnacs : elle ne pardonnera jamais au dauphin cette mésaventure !
Le dauphin prend part à la régence du royaume avec ses conseillers Armagnacs. Il est fait duc de Touraine, duc de Berry et comte de Poitiers (sous le nom de Charles II de Poitiers). En mai 1417, il est nommé lieutenant-général du royaume, chargé de suppléer son père en cas d'empêchement. Il bénéficie de la garde rapprochée de quelques officiers de la couronne affiliés au parti d'Armagnac.
Cependant, le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, dévoré d'ambition, vient de libérer la reine Isabeau de sa prison tourangelle. Il l'installe à Troyes le 23 décembre 1417, après l'avoir ralliée à sa cause contre le dauphin [5]. Il publie un manifeste pour réclamer les pleins pouvoirs, eu égard à la maladie du roi et à la jeunesse du dauphin.
Il décide de prendre le contrôle de la situation à Paris en enlevant le dauphin Charles et en éliminant les Armagnacs, afin d'assumer seul la régence du royaume.
1418- Devant les menaces qui se précisent contre sa personne, en pleine guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, l’héritier du trône de France, sous la protection d'officiers de la couronne, doit quitter Paris envahi par les Bourguignons, dans la nuit du 29 mai 1418. Il échappe ainsi à l'influence du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, dont les gens aux ordres du redoutable tueur Capeluche procèdent au massacre du chancelier Henri de Marle, du connétable de France, le comte d'Armagnac et de leurs partisans Armagnacs.
Le dauphin se réfugie à Bourges, capitale de son duché de Berry[6], entouré des fidèles officiers de la couronne affiliés au parti d'Armagnac, qui deviendront ses premiers conseillers, ce qui lui vaut, de la part des chroniqueurs bourguignons, le sobriquet péjoratif de « roi de Bourges », tandis que ses conseillers sont traités d'« aventuriers sans scrupules », « avides de pouvoir » et accusés de « cupidité. » Les mêmes chroniqueurs répandent le bruit que le jeune dauphin, âgé de 15 ans, est totalement livré à l'influence de ses conseillers et qu'il manque singulièrement de caractère: le parcours de Charles VII prouvera au contraire sa conduite avisée [7].
Il apparaît comme l'héritier légitime du royaume de France dont il porte toujours le titre de lieutenant-général, conféré par son père, Charles VI. Il est allié des Armagnacs et hostile à la politique du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, secrètement allié des Anglais. C'est dans cette ville de Bourges qu'il se proclame régent du royaume de France, au grand dam de Jean sans Peur. Ce dernier fait promulguer à Paris un édit par le roi Charles VI - toujours en état de démence - pour révoquer les pouvoirs du lieutenant-général et pour stigmatiser les « méfaits » de ses conseillers.
Le dauphin Charles établit le Parlement à Poitiers et la Cour des Comptes à Bourges. Il prend les armes pour reconquérir son royaume. Entouré de grands féodaux et de chefs de guerre, il soumet plusieurs villes telles que Tours, Melun, Meaux, Compiègne et Montereau.
1419- Jean sans Peur est soucieux de faire rapatrier le dauphin à Paris sous la tutelle de son père, pour mieux le contrôler, comme il l'avait déjà fait avec les dauphins précédents. En vain, car Charles est déjà en campagne pour recouvrer son royaume. En outre, l'union entre les Bourguignons et les Anglais se délite devant les ambitions du roi Henri V d'Angleterre. Jean sans Peur décide alors de négocier avec le dauphin et avec ses conseillers un traité d'alliance contre les Anglais. Une première rencontre a lieu le 8 juillet 1419 à Pouilly-le-Fort. Elle se solde par un traité provisoire signé le 11 juillet 1419, connu sous le nom de paix du Ponceau, qui devra être confirmé ultérieurement. La seconde rencontre a lieu le 10 septembre 1419, à Montereau, résidence royale où s'est transporté le dauphin, entouré de sa garde. On dresse un enclos au milieu du pont : le dauphin et Jean sans Peur s'y retrouvent avec chacun 10 hommes armés, le gros de chaque troupe attendant sur l'une et l'autre rive. La discussion est orageuse : le dauphin reprocherait à son cousin de maintenir secrètement son alliance avec les Anglais en dépit du traité provisoire de Pouilly. Ce dernier répliquerait qu'il avait fait ce qu'il avait à faire ! Les entourages sont nerveux et, alors que le ton monte, les hommes d'armes brandissent leur épée. Tanguy du Châtel, qui avait sauvé le jeune prince lors de l'entrée des Bourguignons à Paris en 1418, écarte le dauphin de la mêlée. Jean sans Peur est tué. Les Bourguignons vont accuser le dauphin d'assassinat prémédité. Celui-ci s'en défendra et devra affronter longtemps la vengeance de Philippe le Bon, fils de Jean sans Peur.
Dès la mort de son père, Philippe le Bon s'est allié avec les Anglais pour combattre le dauphin.
Les chroniqueurs bourguignons répandent le bruit que le dauphin Charles est le fils naturel de feu son oncle Louis de Valois, duc d'Orléans, frère cadet de Charles VI, qui fut assassiné en 1407 sur l'ordre du duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et dont il aurait voulu venger le meurtre. Ils désignent Charles sous le sobriquet de « soi-disant dauphin. » Selon la rumeur, c'est parce qu'il est bâtard qu'un décret le bannit du royaume le 17 janvier 1420. Cette théorie n'est pas démontrée[8].
La véritable cause du déshéritement est la complicité dans le meurtre de Jean sans Peur dont on accuse le dauphin Charles. À ce titre, il est considéré comme indigne de prétendre désormais à la succession du royaume de France, du fait de ses « crimes abominables. »
En réalité, la dynastie anglaise des Plantagenêts revendique le trône de France et obtient l'élimination du dauphin et la disparition programmée de la dynastie directe de Valois, avec la complicité du duc Philippe le Bon de Bourgogne qui entend ainsi venger la mort de son père.
Le 21 mai 1420, en pleine crise de folie, le roi de France Charles VI est représenté par Isabeau de Bavière. Elle confirme la destitution de son propre fils qui s'exercera au profit du roi d'Angleterre, en signant avec le duc de Bourgogne, Philippe-le-Bon, et Henri V d'Angleterre, le traité de Troyes. Ce traité tripartite stipule que la couronne de France sera cédée à Henri V d'Angleterre, à la mort du roi Charles VI, à condition qu'il épouse une de ses filles. Le dimanche de la Trinité, en l'église Saint-Jean de Troyes, son mariage est donc célébré avec Catherine de Valois, dont il aura un fils, le futur Henri VI.
Pour parvenir à ce subterfuge historique, le traité de Troyes abroge en tant que de besoin la loi salique, qui interdit, dans le royaume de France, la succession monarchique en ligne féminine : le petit roi de Bourges, descendant de Saint Louis, dernier représentant de la dynastie directe de Valois, est virtuellement écarté du trône de son royaume de France.
À Troyes, le roi Henri V d'Angleterre, héritier du trône de France, avait répété que « le dauphin est le seul chef et la seule cause de la guerre civile et que, par le meurtre du duc Jean, il avait bien montré son mauvais naturel et ses dispositions cruelles. » Il avait ordonné aux seigneurs, « conformément à leur devoir, leur consentement de venir avec lui et de l'aider à réduire ce fils obstiné et déloyal sous l'obéissance du roi son père [9]. »
Le dauphin Charles, en évoquant à juste raison l’incapacité mentale de son père, refuse les termes du traité qui devait, selon les protagonistes, abréger la guerre de Cent Ans. L'avenir démontrera que les savantes manœuvres diplomatiques concoctées par les Anglais et les Bourguignons, ont échoué. Les droits des Plantagenêts sur le trône de France sont définitivement révoqués en 1453.
Rappelons que le traité de Troyes organise la future succession du roi Charles VI au profit du roi d'Angleterre, Henri V[10]. Or, ce scénario n'aura pas lieu, car Henri V meurt le 31 août 1422 au château de Vincennes, avant Charles VI qui trépasse à l'hôtel Saint-Pol de Paris à moins de deux mois de distance, le 21 octobre 1422.
Il s'ensuit que le jeune Henri VI d'Angleterre, bébé de neuf mois, succède à son père comme roi d'Angleterre le 1er septembre 1422 et qu'il double la mise le 22 octobre 1422 en devenant également roi de France, sous la régence de son oncle le duc de Bedford qui va gouverner à Paris.
Bien entendu, cette double couronne, programmée avec la complicité des Bourguignons, n'est pas admise à la cour du « petit roi de Bourges » : le dauphin se proclame roi de France sous le nom de Charles VII le 30 octobre 1422. Il siège pour la première fois en majesté en la cathédrale Saint-Étienne de Bourges.
Après une chevauchée en territoire contrôlé en partie par l'ennemi, Charles VII est sacré roi de France en la cathédrale Notre-Dame de Reims le 17 juillet 1429 en présence de Jeanne d'Arc.
De son côté, Henri VI d'Angleterre est sacré, à son tour, roi de France à l'âge de neuf ans en la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 16 décembre 1431, par le cardinal de Winchester, entouré du duc de Bedford et de nombreux lords anglais.
Le roi Charles VII doit affronter les Anglais et les Bourguignons dans de durs combats pour recouvrer l'intégralité du royaume de France dont il est le légitime héritier.
De 1422 à 1425, le roi Charles VII consolide ses positions. Il contrôle le Berry, la Touraine, le Poitou, l'Aunis, et la Saintonge, une part de l'Auvergne et du Limousin, Lyon, le Dauphiné, le Languedoc, l'Agenais, le Rouergue et le Quercy. L'Anjou, le Maine, le Bourbonnais, l'Orléanais et le Vendômois sont également placés sous son contrôle. En 1425 Charles VII place son armée sous les ordres du comte de Richemont, frère du duc de Bretagne, à qui il remet l'épée de connétable de France. L'alliance avec le duché de Bretagne va renforcer les armes de France, nonobstant quelques atermoiements relevés de part et d'autre au fil des années. Cette même année 1425 voit l'éviction du pouvoir des premiers conseillers de Charles VII, à l'instigation de Philippe le Bon, beau-frère du comte de Richemont, qui est intervenu pour éliminer ceux qu'il considère comme les auteurs du meurtre de son père sur le pont de Montereau en 1419. De 1425 à 1429, les troupes royales confrontées aux Anglais et aux Bourguignons, subissent des revers entrecoupés de quelques victoires... Le sort du royaume de France semble indécis. L'historiographe de Charles VII, Alain Chartier déclare : « Nous allons comme la nef sans gouvernail »[11]. Les Anglais reviennent en force et le 4 septembre 1428 envahissent le Gâtinais. Ils investissent Beaugency, Notre-Dame de Cléry et d'autres places : leur objectif est de prendre Orléans, ville-clef de la défense française sur la Loire.
Le 1er octobre 1428, pour faire face au péril, Charles VII réunit les États généraux à Chinon, afin d'obtenir les ressources nécessaires pour résister à l'ennemi. Il obtient à la fois des subsides et des renforts qui serviront utilement à la défense de la ville d'Orléans.
Le duc de Bedford, régent des royaumes de France et d'Angleterre, met le siège devant Orléans, et veut poursuivre jusqu'à Bourges pour s'emparer du roi Charles VII. Mais celui-ci s'était d'ores et déjà réfugié à Chinon. C'est dans le château de Chinon que le 25 février 1429, une jeune fille vient le trouver et lui demande audience. Elle lui dit : « Gentil dauphin, je te dis de la part de Messire Dieu que tu es vrai héritier du trône de France. »
Cette jeune fille de seize ans lui affirme qu'elle a eu des visions qui lui ont intimé l'ordre de sauver Orléans et de le faire couronner roi de France. Charles VII la fait examiner par des ecclésiastiques, qui se montrent convaincus de sa sincérité et de sa catholicité. Cette jeune fille, qui dit venir de Lorraine et s’appeler Jeanne d'Arc, pousse Charles à se faire sacrer roi et à lever son armée pour « bouter les Anglais hors de France. »
Commencé en juillet 1428, le siège d'Orléans s'est poursuivi pendant près de dix mois, entrecoupé de revers et de succès. Les Français, aux ordres de Jean de Dunois et leurs alliés écossais, conduits par John Stuart de Darnley, se font tailler des croupières lors de la journée des Harengs, du 12 février 1429. Mais les forces fidèles à Charles VII vont réagir et le siège d'Orléans s'est achevé le 8 mai 1429 par une éclatante victoire française. Les historiens considèrent que cette victoire est due à Jeanne d'Arc et à son compagnon d'armes Dunois.
Depuis la levée du siège d'Orléans, Jeanne d'Arc participe sans interruption à des combats victorieux contre les Anglais au cours du mois de juin 1429 :
Puis, en traversant des régions occupées en partie par les Anglais et les Bourguignons, elle s'engage dans la marche triomphale de Charles VII jusqu'à Reims où il est sacré le 17 juillet 1429, en recevant l'onction sacrée de la Sainte Ampoule, par Mgr Renault de Chartres, archevêque de Reims et ancien chancelier de France. En la cathédrale, lors de la cérémonie, Jeanne d'Arc est à ses côtés, en armure et munie de son étendard: les prédictions de Domrémy étaient heureusement avérées.
Enfin, après une période de négociations et de trèves entre les Armagnacs et les Bourguignons, ces derniers rouvrent les hostilités. Le 10 mai 1430, Jean de Luxembourg entame le siège de Compiègne. Alertée par ses habitants, Jeanne d'Arc vient à leur secours à la tête de 400 lances. Mais, tombée dans une embuscade, elle devient prisonnière des Bourguignons. Elle est vendue aux Anglais, jugée à Rouen par le tribunal ecclésiastique présidé par l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon. Elle est condamnée à mort comme hérétique et relapse, et meurt en martyre, brûlée vive à Rouen le 30 mai 1431, à l'âge de 19 ans.
Le roi Charles VII, après avoir libéré Rouen en 1449, fait ouvrir une enquête sur les circonstances de son procès et de son supplice. Il obtient pour celle qui l'avait si fidèlement servi, une solennelle réhabilitation le 17 juillet 1456. Sa fête, devenue fête nationale française, est fixée au dimanche suivant le 8 mai, jour anniversaire de la délivrance d'Orléans.
Depuis le XVe siècle, les historiens ont cherché à définir le rôle exact de celle que les Français ont adoptée comme leur sainte patronne. Sur le plan militaire, elle n'est pas considérée comme chef de guerre, mais plutôt comme l'auxiliaire de la victoire, par ses encouragements et ses incitations à se battre résolument contre les Anglais et leurs alliés bourguignons. Sur le plan politique, elle sert admirablement les desseins du roi Charles VII, au moment où il était atteint de découragement devant les progrès de l'ennemi et la faiblesse de son camp : cette jeune fille inspirée religieusement, énergique et enthousiaste, entraîne le roi à un total changement de cap. Elle est surtout à l'origine de sa légitimation en le faisant sacrer à Reims. Enfin, elle incarne le symbole de la résistance du peuple de France contre l'occupant étranger.
Le 1er juillet 1435, sous la présidence des légats du pape et en présence de nombreux princes français et étrangers, le congrès de la paix entre Bourguignons et Armagnacs s'ouvre en la ville d'Arras. Le roi Charles VII est représenté par le duc de Bourbon, le comte de Vendôme et le connétable de Richemont. Philippe le Bon est accompagné de son fils, le futur duc de Bourgogne Charles le Téméraire et assisté du chancelier Rolin.
Le 21 septembre 1435, dans la liesse populaire, la paix d'Arras est proclamée en l'église Saint-Waast, mettant fin à la guerre civile déclenchée en 1407 entre les Armagnacs et les Bourguignons, à la suite de l'assassinat du duc Louis d'Orléans par les sbires du duc de Bourgogne, Jean sans Peur[12].
En 1438, le roi Charles VII, soucieux d'affirmer son autorité sur l'Église de France, décide de convoquer une assemblée composée d'évêques, de religieux et de théologiens, ainsi que des représentants du pape Eugène IV [13], en la Sainte-Chapelle de Bourges, afin de bien définir et de renforcer les pouvoirs du roi de France face aux prérogatives du souverain pontife. La Pragmatique Sanction de Bourges, promulguée le 7 juillet 1438, lui permet ainsi de s'imposer comme le chef naturel de l'Église de France. Il détient désormais le pouvoir de désigner les principaux représentants du clergé français dans les abbayes et les différents sièges épiscopaux français, avec l'approbation des conciles et de celle du souverain pontife. En outre, il a un droit de regard et d'intervention sur les modalités de redistributions des redevances vers le Saint-Siège. C'est le premier pas vers une institution bien française connue sous le nom de gallicanisme.
En 1439, les États généraux de langue d'oïl, réunis sous la présidence du roi Charles VII à Orléans, émettent le vœu qu'une réforme intervienne pour mettre fin aux désordres provoqués par les routiers et les écorcheurs. Ces supplétifs des troupes combattantes de l'armée royale, le plus souvent aux ordres des grands féodaux, se signalaient en effet par leurs nombreuses exactions. Entre deux combats, leurs groupes armés pillaient et rançonnaient la population, en échappant à tout contrôle des autorités constituées.
Par l'ordonnance d'Orléans, donnée le 2 novembre 1439 par le roi Charles VII, deux réformes sont décidées :
L'armée royale est tenue de respecter un règlement disciplinaire rigoureux.
L'ordonnance d'Orléans provoque la réaction des féodaux du royaume qui refusent toute atteinte de leurs prérogatives médiévales au profit du pouvoir royal centralisateur.
En 1440, les grands vassaux s'engagent dans une révolte armée contre le roi Charles VII. Cette conspiration est connue sous le nom de Praguerie, par allusion à la Révolte des Hussites à Prague au début du XVe siècle. Parmi les comploteurs se retrouvent Jean II d'Alençon, Jean IV d'Armagnac, Charles Ier de Bourbon et jusqu'au dauphin Louis, futur Louis XI, pressé de prendre le pouvoir en éliminant son père.
Les conjurés prennent les armes, mais ils essuient le refus des seigneurs qui restent fidèles au roi Charles VII. Après de nombreux combats, les troupes royales, dirigées en personne par le roi Charles VII, finissent par venir à bout des révoltés le 19 juillet 1440. Ces derniers demandent grâce et l'obtiennent de la part du roi. Son fils Louis est éloigné jusqu'en Dauphiné dont il va assumer le gouvernement
Profitant d'une accalmie dans la guerre de Cent Ans, le roi Charles VII crée, par l'ordonnance de 1445, les premières unités militaires permanentes à disposition du roi de France, appelées compagnies d'ordonnance.
Elles visent à la fois à une plus grande efficacité au combat de l’armée royale, et à une diminution des dégâts causés par l’armée en déplacement. Elles joueront un grand rôle dans la victoire de la France à la fin de la guerre de Cent Ans en 1453[14].
Le 31 juillet 1449, le conseil du roi approuve la décision de Charles VII d'ouvrir les hostilités afin de libérer définitivement cette province.
Trois corps d'armée dirigés par le comte de Saint-Pol, par Jean de Dunois et Pierre de Brézé et par le duc François Ier de Bretagne, investissent les Places-Fortes du Cotentin, de Basse et Haute Normandie. Les troupes anglaises rendent les armes sous la pression des forces de l'intérieur et de l'armée royale.
Le 21 octobre 1449, la ville de Rouen est libérée. Dans la liesse populaire, le roi Charles VII prend part en majesté au grand défilé de la Libération le 10 novembre 1449[15]
Après de nombreux combats auxquels le roi prend part directement, les troupes royales libèrent Caen, le 6 juillet 1450, puis Cherbourg capitule le 12 août 1450 après un siège meurtrier.
La Normandie est ainsi libérée définitivement de l'occupation anglaise après un an de combat.
La libération de la Guyenne devait se révéler plus longue et plus difficile que celle de Normandie. Car, en effet, les Bordelais considéraient les Anglais comme des amis et surtout des clients privilégiés dans le commerce du vin.
Le roi envoie en septembre 1450 un détachement sous les ordres de Jean de Blois, comte de Périgord. Les royaux investissent Bergerac, Jonzac et plusieurs Places-Fortes aux environs de Bordeaux.
En mai 1451, une armée forte de 20 000 hommes, aux ordres de Jean de Dunois, procède au siège de Bordeaux. La capitale de la Guyenne est libérée le 24 juin 1451 et occupée par les royaux qui administrent la cité. Mais les Bordelais se révoltent et le 22 octobre 1452, ouvrent les portes aux forces anglaises commandées par John Talbot. Les Français sont faits prisonniers et la ville est à nouveau occupée et défendue par les Anglais.
Ce n'est que le 2 juin 1453 que le roi parvient à envoyer des renforts, après avoir défendu les côtes normandes d'une nouvelle et menaçante invasion anglaise. Ils battent les troupes de Talbot le 17 juillet 1453 lors de la bataille de Castillon et reprennent le siège de Bordeaux, avec l'appui de l'artillerie des frères Bureau. Les assiégés résistent vaillamment, tous Bordelais et Anglais confondus, mais ils finissent par capituler le 5 octobre 1453 auprès de l'amiral de Bueil.
Le roi Charles VII, fait grâce aux rebelles bordelais, cependant que les Anglais rembarquent définitivement le 19 octobre 1453.
Ainsi s'achève la libération de la France, à l'exception de Calais qui ne sera libéré qu'en 1558. La prédiction de Jeanne d'Arc est réalisée, les Anglais sont définitivement « boutés hors de France ».
C'est en 1443, à l'âge de quarante ans, que Charles VII fait connaissance d'Agnès Sorel, demoiselle d'honneur d'Isabelle Ire de Lorraine, épouse du duc René d'Anjou. Elle fut admise à la cour royale et devint la favorite du roi. Elle lui donna trois filles, les princesses Marie de Valois, Charlotte de Valois et Jehanne de Valois, qui furent officiellement légitimées et mariées à de grands seigneurs de la cour.
Agnès Sorel rayonnait par sa grâce et sa beauté. Le peintre Jean Fouquet nous en a laissé un portrait éloquent. Elle avait reçu en présent du roi le château de Beauté et elle fut surnommée la « dame de Beauté. »
Agnès Sorel est morte prématurément avant d'avoir atteint l'âge de trente ans, le 9 février 1450, peu de temps après avoir mis au monde une quatrième fille qui n'a pas survécu, au grand désespoir du roi. Le Tombeau d'Agnès Sorel est érigé en l'église abbatiale jouxtant le château de Loches. Un deuxième tombeau contenant une partie de ses cendres est érigé en l'abbaye de Jumièges.
Né vers 1395 à Bourges, Jacques Cœur est le fils de Pierre Cœur, riche marchand pelletier, fournisseur de la cour du duc Jean Ier de Berry.
Jacques Cœur prend la suite de son père et devient en 1427 fournisseur attitré de la cour du roi Charles VII, qui a fait de Bourges sa capitale. Il s'engage dans le commerce international et dirige une flotte de 12 navires marchands.
En 1435, il obtient la charge de maître de la monnaie de Bourges, puis de celle de Paris. Le 2 février 1439, il est nommé grand argentier de France, chargé de recevoir les redevances des trésoriers généraux au nom du roi. Il crée des impôts nouveaux ou les remet en vigueur : la taille, le fouage, les aides et la gabelle.
Toujours chargé de son commerce international, Jacques Cœur est anobli en 1441. Il est nommé conseiller du roi en 1442. Il devient son confident et reçoit de nombreuses missions diplomatiques. Il intervient aussi pour assainir les finances du royaume. Devenu richissime, Jacques Cœur est sollicité pour financer la bataille de Normandie contre les Anglais en 1447.
Il avait fait construire en 1443 un somptueux palais à Bourges, aujourd'hui connu sous le nom de palais Jacques-Cœur, qui dépassait en magnificence le palais royal de Bourges et celui des archevêques. Il suscita de nombreuses jalousies et fut la victime, notamment de ceux qui lui avaient emprunté de l'argent. Ils témoignèrent contre lui lorsqu’un procès pour concussion lui fut intenté en 1451. Condamné à la confiscation de ses biens et au bannissement en 1453, il s'évade du château de Poitiers et se réfugie à Rome. Le pape Calixte III lui confie en 1456 le commandement de l'expédition sur l'île génoise de Chios contre les Ottomans. Il meurt au cours de l'expédition le 25 novembre 1456.
Né en 1384, le comte Georges Ier de La Trémoille, après avoir servi les ducs de Bourgogne, rejoint les rangs du roi Charles VII à Bourges en 1422, tout en conservant des intelligences dans le camp des Bourguignons.
Il entre au conseil du roi et devient son confident. Il s'oppose au connétable de Richemont et trempe dans de nombreuses intrigues pour finalement subir une tentative d'attentat le 3 juin 1433 dont il ressort blessé et captif du connétable.
En 1440, il complote avec les grands féodaux dans la conspiration de La Praguerie, mais défait, il se retire dans son château de Sully-sur-Loire où il meurt le 6 mai 1446.
Les dernières années de Charles VII sont troublées par l'ambition de son fils, le futur Louis XI, qui s'était déjà manifesté dans le passé en participant activement à la Praguerie en 1440.
En 1451, Jacques Cœur, grand argentier du roi, est arrêté sans doute à cause de ses créanciers et débiteurs jaloux de sa réussite personnelle. Il est banni en 1453.
L'année 1453 marque la fin de la guerre de Cent Ans et le triomphe de Charles VII, le Victorieux. Le roi Henri VI d'Angleterre sombre dans la démence comme son grand-père maternel, le roi de France Charles VI. Pendant ce temps, Charles VII est vainqueur des Anglais à la bataille de Castillon où périt le chef militaire anglais John Talbot. Puis, pour achever son règne si combattu par les Bourguignons et les Anglais, il triomphe des forces ennemies en reprenant Bordeaux le 15 octobre 1453.
Le 19 octobre 1453 les Anglais capitulent à Bordeaux : c'est la fin de la guerre de Cent Ans. Le roi Charles VII recouvre la souveraineté de la Guyenne et de l'ensemble du royaume de France, à la seule exception de la ville de Calais qui restera aux mains des Anglais.
Le roi Charles VII meurt le 22 juillet 1461 à Mehun-sur-Yèvre. Son tombeau est érigé en la basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France. Son fils lui succède sous le nom de Louis XI.
Le dauphin, futur roi Charles VII, échappe de justesse en 1418, à l'âge de quinze ans, grâce aux officiers fidèles à la couronne de France, à l'invasion bourguignonne de Paris commandée par le duc Jean sans Peur, en pleine guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignon. Protégé par ses conseillers, il se réfugie à Bourges et se proclame régent de France.
À la mort de son père, Charles VI, il se proclame roi de France en 1422, en dépit des clauses du traité de Troyes instituant la primauté de la dynastie anglaise des Plantagenêt sur le trône de France, et il n'aura de cesse que de chasser les forces armées anglaises du royaume de France.
Par la voie diplomatique, il obtient le rapprochement du royaume de France et du duché de Bourgogne grâce au traité d'Arras du 20 septembre 1435, mettant ainsi fin à la guerre civile entre les Armagnacs et les Bourguignons.
Il combat, l'épée à la main, en chevalier, pour recouvrer le trône de France et la totalité de son royaume, confisqués par la dynastie anglaise des Plantagenêt. Il a bénéficié de l'aide rapprochée de nombreux fidèles, dont Jeanne d'Arc est la plus belle illustration, pour obtenir la libération définitive de la France de ses occupants anglais en 1453, par la capitulation de Bordeaux.
Charles VII restaure le pouvoir royal : il soumet notamment le clergé par la pragmatique sanction de Bourges en 1438 et brise la révolte des grands féodaux, lors de la Praguerie de 1440.
Le roi Charles VII laisse un royaume pacifié à son fils Louis XI en 1461.
Il fut inhumé en l'église abbatiale de Saint-Denis, où il reposa avec son épouse jusqu'à la Révolution, dans la chapelle caroline de Saint-Jean-Baptiste. Les travaux de construction du tombeau débutèrent avant même le décès de la reine et furent achevés entre 1464 et 1465. Le socle de marbre noir n'était pas entouré de pleurants ni de statuettes princières, à la différence des tombeaux de Charles V et de Charles VI. Deux colonnes de marbre blanc sculpté bordaient les gisants sur la dalle. On retrouvait dais, coussins et chiens traditionnels. Une inscription funéraire était gravée au dos du dais de Marie d'Anjou. La réalisation des gisants est attribuée à Michel Colombe (1430-1513). Le grand sculpteur, célèbre pour la réalisation du tombeau de François II de Bretagne, n’a guère séjourné en Île-de-France mais il a suivi les rois dans leur déplacement de Bourges à Tours.
Le document de la collection Gaignières (aujourd'hui à Oxford, à la Bodleian Library) montre qu'au XVIIe siècle, le tombeau n'était plus intact. Les bras des souverains avaient été cassés et les couronnes amputées. On ne sait à quelle période eurent lieu ces dégradations marginales.
Cependant, le monument était relativement bien préservé comme le prouve l'état du décor gothique entourant les deux gisants, tout au moins jusqu'à la fin du XVIIe siècle car si le dessin de Gaignières reproduit les deux colonnettes horizontales gothiques sur les côtés de la dalle, le plan de dom Félibien de 1706 ne les montre plus. Ce plan, très détaillé, les maintient pour les tombeaux de Charles V et Charles VI, ce qui peut laisser penser qu'il y eut des travaux inachevés au début du XVIIIe siècle qui motivèrent un retrait temporaire de cette décoration.
Le tombeau fut détruit du 5 au 8 août 1793. À la différence des gisants de Charles V, de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, ceux de Charles VII et de Marie d’Anjou furent brisés à coup de masse. Alexandre Lenoir put sauver les bustes des gisants qu’il fit détacher des parties supérieures amputées et s’émiettant. Aussi fit-il découper horizontalement à la scie ce qui restait de récupérable pour le transporter dans les réserves du musée des monuments français.
Au XIXe siècle, les deux vestiges ne retournèrent pas à Saint-Denis mais subirent une restauration (nouveaux nez, nouvelles couronnes), peut-être à l’initiative de Viollet-le-Duc. Ils furent ensuite envoyés aux Archives nationales puis au Louvre et enfin retournèrent à la fin des années 1990 dans la basilique Saint-Denis, juste à côté du tombeau de Charles VI et d’Isabeau de Bavière, sur des colonnes se faisant face.
Ce paragraphe indique la fratrie de Charles VII et la destinée de chacun de ses frères et sœurs[17].
Il n'a pas vingt ans lorsqu'il épouse le 22 avril 1422 à Bourges, dans la cathédrale Saint-Étienne, Marie d'Anjou. Ils eurent quatorze enfants :
Charles VII eut de sa liaison avec Agnès Sorel :
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Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Charles VII (roi de France) » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 (Wikisource)